La Croix du Bénin | Actualité
Publié le : 2025-12-19 14:07:59CEDEAO
Un pas de franchi, mais encore de gros défis
Comme de tradition, les chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ou leurs représentants réunis le dimanche 14 décembre 2025 pour la 68 et dernière session ordinaire de l’année, ont fait le bilan de l’Organisation. La particularité, cette fois-ci, est le contexte marqué par une tentative de coup d’État au Bénin et le renversement du Gouvernement en Guinée-Bissau par les militaires. Tout ceci se passe dans un environnement de menaces terroristes permanentes. Les décisions et les recommandations qui ont sanctionné les travaux laissent présager que du chemin reste à faire pour le renforcement de la démocratie dans l’espace ouest-africain.
Les chefs d'État et de Gouvernement ou leurs représentants au cours de leurs travaux lors du 68e Sommet ordinaire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) à Abuja, le dimanche 14 décembre 2025
► Du pain sur la planche
En prenant bientôt la présidence de la Commission de la Cédéao, le Sénégalais Bassirou Diomaye Faye qui va remplacer Omar Alieu Touray, doit mettre l’accent sur la prévention des coups d’État militaires tout en faisant des efforts pour combattre les coups d’État constitutionnel.
Les chefs d'État de la Cédéao doivent éviter de créer des situations sociopolitiques qui engendrent des frustrations et des exclusions
Alain SESSOU
La Cédéao a marqué un grand coup au Bénin le dimanche 7 décembre 2025. Pour une première fois depuis sa création il y a une vingtaine d’années, la Force en attente de l’Organisation a été spontanément activée et aussitôt opérationnelle. L’intervention rapide de cette Force sous le leadership de l’Armée nigériane soutenue plus tard par des contingents militaires venus de la Sierra Leone, du Ghana et de la Côte d’Ivoire, a permis aux militaires béninois de venir à bout des assaillants qui ont failli renverser le Gouvernement de Patrice Talon.
Celà a réconforté les chefs d’État et de Gouvernement de la Cédéao réunis à Abuja pour leur 68e Sommet ordinaire. Leur joie qui transparaît dans le Communiqué final se comprend, d’autant que ladite Force d’attente de la Cédéao peut se vanter d’avoir eu son premier succès au Bénin. Ce qui est important. Seulement, ce pas franchi est quelque peu terni par la gestion de la situation en Guinée-Bissau, victime d’un putsch qui a emporté Umaro Sissoco Embalȯ, en plein processus électoral. Cette gestion montre d’ailleurs à suffisance les limites de la Cédéao à s’assumer.De ce point de vue, la position des chefs d’État et de Gouvernement de l’Organisation au dernier Sommet laisse perplexe et manque de logique dans les recommandations et prises de décisions.
Et pour cause ! Face au putsch qui a renversé l’ancien président bissau-guinéen, la Cédéao a manqué de fermeté. Car en parlant d’une transition courte par rapport à celle de 12 mois fixées par les putschistes, la Cédéao a implicitement pris acte du coup d’État survenu dans le pays. Or, elle reconnaît dans le même temps que l’élection présidentielle du 24 novembre 2025 s’est déroulée de façon libre, démocratique et transparente selon toutes les missions d’observation, y compris celle de la Cédéao.
Dans ces conditions, la logique voudrait que la Cédéao mette rapidement en place un mécanisme en place pour la proclamation rapide des résultats. À défaut de cette promptitude, elle s’est fourvoyée dans un labyrinthe sur fond de jérémiades. Remettre les choses en ordre avec déterminationCertes, la situation est délicate mais avec détermination, la Cédéao peut remettre les choses en ordre en Guinée-Bissau. Ne pas le faire confirmerait l'image d’une Organisation éclopée et montrerait, à suffisance, que les défis sont encore énormes par rapport à la déstabilisation des régimes par les militaires en Afrique de l’Ouest. Défis tout aussi énormes pour la lutte contre le terrorisme pour laquelle la brigade antiterroriste ne pourra être une fin en soi.
C’est déjà un pas important la prévision d’une enveloppe de 2,850 millions de dollars pour chacun des cinq pays les plus exposés de la Cédéao : Nigeria, Bénin, Ghana, Côte d’Ivoire et Togo.En vérité, le Sénégalais Faye qui va succéder au président de la Commission de la Cédéao sortant, le Gambien Omar Alieu Touray, a du pain sur la planche.
Car il faut reconnaître que la Force en attente est un important instrument aux mains des chefs d’État et de Gouvernement de l’Organisation sous-régionale.
Mais elle ne saurait être une panacée. Dans la mesure où rien ne vaut la prévention de la remise en cause de l’ordre constitutionnel par les militaires. Mais au-delà, les dirigeants de la Cédéao, sans hypocrisie, doivent trouver le mécanisme de sanctionner les chefs d’État et de Gouvernement de l’espace ouest africain, instigateurs impénitents de coups d’État constitutionnels.
Communiqué final,
Sur l’état de la démocratie, de la paix et de la sécurité dans la région
24. La Conférence des chefs d’État et de Gouvernement note avec satisfaction la relative stabilité et la résilience de la région, malgré les pressions et les divisions géopolitiques et géostratégiques croissantes. La Conférence salue les efforts louables déployés par les États membres et la Commission de la Cédéao en vue de consolider la démocratie, la paix, la sécurité et la stabilité dans la région. 25. La Conférence prend note des élections présidentielles et législatives qui se sont récemment respectivement tenues en Côte d’Ivoire et en Guinée-Bissau, ainsi que des processus électoraux en cours en vue de la tenue d’élections générales au Bénin et législatives en Côte d’Ivoire. Elle salue les efforts déployés par la Guinée pour mener à bien la transition politique du pays en organisant une élection présidentielle prévue le 28 décembre 2025, après le succès du référendum constitutionnel du 21 septembre 2025. Elle encourage les autorités à garantir la transparence et l’inclusivité de ces processus cruciaux. 26. La Conférence se félicite des progrès significatifs accomplis par les parties prenantes en Sierra-Léone dans la mise en œuvre des différentes résolutions de l’Accord pour l’unité nationale entre le Gouvernement et le Congrès de tous les peuples (opposition), notamment les progrès réalisés en matière de réformes électorales et la libération des membres de l’opposition détenus. Elle encourage les garants moraux internationaux à continuer de suivre les progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’Accord, en étroite collaboration avec la Commission indépendante pour la paix et la cohésion nationale (Icpnc) du pays. 27. La Conférence considère que les déclarations audio faites par Yahya Jammeh, ancien président de la Gambie, depuis son exil en Guinée équatoriale constituent à la fois une violation des conditions d’asile et une menace pour la paix et la sécurité, ainsi que pour la cohésion sociale en Gambie. 28. Elle affirme que la déclaration conjointe publiée par la Cédéao, l’Union africaine et les Nations Unies avant le départ de Jammeh de la Gambie ne saurait en aucune manière l’exonérer de répondre des accusations de violations présumées des droits de l’homme qui auraient été commises au cours de la période allant de 1994 à 2017. 29. La Conférence condamne avec fermeté le récent coup d’État qui a interrompu le processus électoral en Guinée-Bissau, inversé la volonté de l’électorat et perturbé l’ordre constitutionnel. La Conférence note également avec consternation la tentative de coup d’État au Bénin à la veille des élections générales dans le pays, qui a menacé de renverser des décennies d’ordre constitutionnel ininterrompu. 30. La Conférence note également avec préoccupation la détérioration croissante de la situation sécuritaire dans toute la région, en particulier au Sahel et dans le Bassin du lac Tchad, caractérisée par la poursuite des attaques, des enlèvements et des opérations de sabotage perpétrés par des groupes armés terroristes, des insurgés et des bandits contre les communautés et les forces de sécurité, entraînant la destruction de biens, des déplacements massifs de population et une grave crise humanitaire qui touche environ six (6) millions de personnes.(Extraits du Communiqué final du 68e Sommet ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de Gouvernement de la Cédéao, 14 décembre 2025, Abuja, République Fédérale du Nigeria)
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