ISSN 1840 - 8184 Justice, Vérité, Miséricorde HEBDOMADAIRE CATHOLIQUE NUMÉRO 1849 du 06 février 2026 N° 1221/MISP / DC / SG / DGAI / SCC
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Justice, Vérité, Miséricorde Journal 1849 du 06 février 2026

La Croix du Bénin | Actualité

Publié le : 2026-02-06 11:36:25

Nous a-t-on interdit de prier ?

A partir d’une relecture des régimes dictatoriaux , le Père Norbert Sèho Godossou, socio-anthropologue, analyse l’actualité nationale au Bénin. Il invite tout le monde à la prière, à l’instar de l’effort spirituel et citoyen de février 1990.

Père Norbert Sèho Godossou

Père Norbert Sèho Godossou

Père Norbert SEHO GODOSSOU, SOCIO-ANTHROPOLOGUE EN RELIGION, INSTITUT PONTIFICAL JEAN-PAUL II

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Une nécessité que les chrétiens des années 80 avaient perçue et qu’ils avaient placée sous la condition de l’obligation et de l’application spirituelle ! à cet effet, qu’il nous souvienne en outres que des églises, surtout à Cotonou, étaient devenues presque des dortoirs pour beaucoup de fidèles catholiques. Donc on veillait, on priait, on jeûnait, on suppliait, puis on était dans l’attente de l’intervention de Dieu. Surtout à partir de 1988 où la nuit des douleurs pesait sur tout l’ensemble du territoire, il n’y avait eu que la prière pour faire monter vers le Dieu Créateur (Gn 1-2) les cris de tous les Béninois désemparés et fatigués. En pleine effervescence de la Conférence nationale de février 1990, la valeur du chapelet était plus que doublée : son importance était devenue capitale. Tous les cœurs tournés vers les résultats positifs de cette concertation nationale, étaient comme en attente d’un miracle : le verdict de Dieu, et non celui d’un homme.

Qu’il nous souvienne aussi que, la Conférence positivement conclue, le slogan principal qui avait jailli de toutes les lèvres des Béninois la nuit du 11 décembre 1990, si les souvenirs sont bons, est : « Dieu aime le Bénin ». Chaque fois qu’une période électorale arrivait et qu’on s’en sortait sans aucun dommage, on avait toujours dit que « Dieu aime le Bénin », et que la terre béninoise est une terre bénie de Dieu. 

 

Il est au moins possible de prier

Qu’il nous souvienne par ailleurs que « Dieu qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous » (Saint Augustin), et que nos anciens pères dans la foi, les évêques, qui ont été en action dans la période révolutionnaire, et qui ont participé activement et prioritairement à l’entrée du pays dans le régime démocratique, nous ont appris à être patients et à espérer. Mais ils ne nous ont pas appris à le faire dans la passivité. Ils avaient mis toute l’église nationale à l’école de l’identité chrétienne, de la vigilance, de l’espérance, de la collaboration avec Dieu, de son écoute, pour qu’en la Lumière divine, tout le peuple voie la lumière (ps 35, 9-10). 

C’est pour cela qu’en cette période révolutionnaire très tendue, période où même des prêtres et des évêques avaient fait la prison avec le sceau de la condamnation à mort pour certains, les pas de comportements sociaux étaient clairement orientés. La jeunesse chrétienne de ce moment savait où elle allait : la sagesse chrétienne battait son plein. 

Le Béninois des derniers mois de 2025 jusqu’à 2026 devrait se souvenir et se dire qu’il ne peut rien sans Dieu. Et s’il y a encore des croyants dans ce pays, la prière doit redevenir un travail quotidien. Du moment où nos églises continuent d’être ouvertes, du moment où on continue de célébrer l’Eucharistie qui est le sacrement de la remémoration, de l’action de grâce et de la miséricorde du Sauveur, du moment où l’on peut encore tourner le cœur, le regard et l’espoir vers celui qui a créé le ciel et la terre (Gn 1-2 et qui a le destin des hommes en main, le souvenir doit entraîner à reprendre les exercices spirituels des années 90 : jeûne, exposition du Saint Sacrement, veillée de prière, supplication du Seigneur, demande de pardon des péchés individuels et/ou collectifs, remise du destin du pays dans les mains de Celui qui peut tout, et sans qui l’homme ne peut rien faire.(Jn 15, 5)

Dans ce souvenir, il faut se rappeler que c’était la Bible en main que Mgr de Souza avait dirigé la Conférence nationale. C’était hautement symbolique : symbole qui signifiait l’invitation de Dieu à avoir le dernier mot. La dynamique était claire : c’est par la parole que Dieu a créé le monde (Jn 1, 3), et tout existe par sa parole ! La force venait spirituellement de cette parole à travers tout ce qui se passait et se disait au cours de la Conférence, pour remettre le Bénin debout. Mais il fallait l’inviter, cette force !

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Sous tous les cieux, dans tous les pays du monde entier et à n’importe quel moment de l’histoire humaine, aucun régime politique dictatorial n’a jamais permis aux citoyens d’agir librement, de parler librement, d’opiner librement, de manifester du mécontentement en dénonçant les abus, les exactions, les injustices du pouvoir ambiant. Au contraire, l’atmosphère sociale a été toujours émaillée de soupçons, de mensonges, de vol organisé, de dénonciations, de poursuites, d’inquiétude, de peur, de terreur, de violences, de panique, d’emprisonnements, de tortures, de tueries gratuites, d’enlèvements et de disparitions de personnes, de fuite et d’exil. 

Sous un tel régime, c’est la course frénétique, et tout le monde court mais ne sait pas où il va. Ce qui fait la satisfaction et la joie du moteur de la course, c’est de voir les gens courir : quand les citoyens courent comme des animaux en débandade, le propulseur vit et règne en ce moment-là. En fait, chez lui, la question sociale ne relève pas du dialogue social et des sentiments de compassion, de charité, de négociation, de tolérance, de pitié, de pardon, de retour en arrière, de clin d’œil dans le rétroviseur… Chez lui, tout est bon et magnifique, et ne peut que l’être, tant que c’est à la satisfaction de son régime adopté pour le peuple que le film social se déroule quotidiennement. Bouches closes, tous les citoyens vivent sous le verrou du silence et sont obligés d’y tenir.

 

Approches de quelques auteurs 

Cela a été comme ça et ce sera toujours comme ça sur la terre des vivants en contexte dictatorial. Les grands auteurs politiques de l’Antiquité ou d’autres époques peuvent de nouveau nourrir notre mémoire à cet effet : Platon (Ve-IVe s. av. J.-C)  dans La République : il analyse la dégénérescence du régime démocratique en tyrannie, et décrit le tyran comme l’homme dominé par ses passions, le conduisant à devenir oppresseur. Aristote (IVe s. av. J.-C) dans La Politique : il affirme que l’une des typologies de la tyrannie, la pire d’ailleurs, c’est celle qui entraîne les déviations politiques. Xénophon (Ve-IVe s. av. J.-C) dans Hiéron : il expose le dialogue entre un tyran et un poète, et analyse psychologiquement la vie du tyran et les mécanismes du pouvoir absolu ;  Hérodote (Ve s. av. J.-C)  dans L’Enquête : il décrit de nombreux souverains autoritaires et tyrans orientaux ; Thucydide (Ve s. av. J.-C) dans La Guerre du Péloponnèse : il montre comment la guerre favorise l’émergence de chefs autoritaires et la dérive tyrannique de certains dirigeants.

Cicéron (Ier s. av. J.-C)  dans De re publica et De legibus :  il critique la tyrannie comme le pire des régimes ; Suétone (Ier-IIe s. ap. J.-C) dans Les Douze Césars, il dresse des portraits des empereurs, dont plusieurs sont des modèles historiques de dictateurs (Néron, Caligula, Domitien) ; Thomas Hobbes (1588-1679) dans Le Léviathan (1651) : il dit que l’obéissance au souverain est obligatoire, sauf s’il menace directement la vie du sujet ; Montesquieu (1689-1755) dans DeL’Esprit des lois (1748) : il y décrit le despotisme comme la forme politique la plus dangereuse, parce que reposant sur la crainte. Le despote gouverne seul et son pouvoir n’est soumis à aucune loi.

 

La Révolution sous Mathieu Kérékou 

De nos jours, beaucoup de peuples dans le monde sont gouvernés à la lumière de ces formes de régime. Par endroits, la situation sociale que le régime dictatorial engendre amène des gens de foi et de pratique chrétienne à prier dans certains pays souvent. Ils prient parce qu’ils croient. Ils le font parce qu’ils savent que « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37).

Dès lors, ils implorent sa miséricorde, le supplient au nom de tout le peuple. Ils le font parce qu’ils se souviennent des interventions du Dieu de l’Ancien Testament en faveur d’Israël. à cet effet, comme au temple des temps jadis, ils se rendent à l’église et ouvrent leur livre saint, la Bible, d'où ils puisent des exemples qui donnent la nécessité de crier vers Yahwé que le Juif appelait le Dieu des armées (1Sam 17, 45 ; ps 46, 8).

Qu’il nous souvienne que les chrétiens s’y étaient appliqués quand sévissait le régime militaire sous le Général Mathieu Kérékou. Un régime qui avait plongé le Bénin dans un abîme apparemment chaotique et irréversible ! Oui, apparemment irréversible parce que les populations étaient coincées entre deux « bornes sociales » qui ne pouvaient pas céder facilement : l’économie décadente qui torturait tout le monde à travers la faim, la soif, la maladie et la mort, et l’autorité militaire qui forçait à appliquer continuellement les exigences du régime révolutionnaire. L’impasse était telle qu’il fallait une force surnaturelle pour aider à contenir la situation, puis à s’en sortir surtout, comme le résume le verset 7 du psaume 60 : « Agis, viens à notre secours et réponds-nous ; ainsi nous serons sauvés, nous tes amis ».

 

"On veillait, on priait, on jeûnait"

Une nécessité que les chrétiens des années 80 avaient perçue et qu’ils avaient placée sous la condition de l’obligation et de l’application spirituelle ! à cet effet, qu’il nous souvienne en outres que des églises, surtout à Cotonou, étaient devenues presque des dortoirs pour beaucoup de fidèles catholiques. Donc on veillait, on priait, on jeûnait, on suppliait, puis on était dans l’attente de l’intervention de Dieu. Surtout à partir de 1988 où la nuit des douleurs pesait sur tout l’ensemble du territoire, il n’y avait eu que la prière pour faire monter vers le Dieu Créateur (Gn 1-2) les cris de tous les Béninois désemparés et fatigués. En pleine effervescence de la Conférence nationale de février 1990, la valeur du chapelet était plus que doublée : son importance était devenue capitale. Tous les cœurs tournés vers les résultats positifs de cette concertation nationale, étaient comme en attente d’un miracle : le verdict de Dieu, et non celui d’un homme.

Qu’il nous souvienne aussi que, la Conférence positivement conclue, le slogan principal qui avait jailli de toutes les lèvres des Béninois la nuit du 11 décembre 1990, si les souvenirs sont bons, est : « Dieu aime le Bénin ». Chaque fois qu’une période électorale arrivait et qu’on s’en sortait sans aucun dommage, on avait toujours dit que « Dieu aime le Bénin », et que la terre béninoise est une terre bénie de Dieu. 

 

Il est au moins possible de prier

Qu’il nous souvienne par ailleurs que « Dieu qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous » (Saint Augustin), et que nos anciens pères dans la foi, les évêques, qui ont été en action dans la période révolutionnaire, et qui ont participé activement et prioritairement à l’entrée du pays dans le régime démocratique, nous ont appris à être patients et à espérer. Mais ils ne nous ont pas appris à le faire dans la passivité. Ils avaient mis toute l’église nationale à l’école de l’identité chrétienne, de la vigilance, de l’espérance, de la collaboration avec Dieu, de son écoute, pour qu’en la Lumière divine, tout le peuple voie la lumière (ps 35, 9-10). 

C’est pour cela qu’en cette période révolutionnaire très tendue, période où même des prêtres et des évêques avaient fait la prison avec le sceau de la condamnation à mort pour certains, les pas de comportements sociaux étaient clairement orientés. La jeunesse chrétienne de ce moment savait où elle allait : la sagesse chrétienne battait son plein. 

Le Béninois des derniers mois de 2025 jusqu’à 2026 devrait se souvenir et se dire qu’il ne peut rien sans Dieu. Et s’il y a encore des croyants dans ce pays, la prière doit redevenir un travail quotidien. Du moment où nos églises continuent d’être ouvertes, du moment où on continue de célébrer l’Eucharistie qui est le sacrement de la remémoration, de l’action de grâce et de la miséricorde du Sauveur, du moment où l’on peut encore tourner le cœur, le regard et l’espoir vers celui qui a créé le ciel et la terre (Gn 1-2 et qui a le destin des hommes en main, le souvenir doit entraîner à reprendre les exercices spirituels des années 90 : jeûne, exposition du Saint Sacrement, veillée de prière, supplication du Seigneur, demande de pardon des péchés individuels et/ou collectifs, remise du destin du pays dans les mains de Celui qui peut tout, et sans qui l’homme ne peut rien faire.(Jn 15, 5)

Dans ce souvenir, il faut se rappeler que c’était la Bible en main que Mgr de Souza avait dirigé la Conférence nationale. C’était hautement symbolique : symbole qui signifiait l’invitation de Dieu à avoir le dernier mot. La dynamique était claire : c’est par la parole que Dieu a créé le monde (Jn 1, 3), et tout existe par sa parole ! La force venait spirituellement de cette parole à travers tout ce qui se passait et se disait au cours de la Conférence, pour remettre le Bénin debout. Mais il fallait l’inviter, cette force !

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