ISSN 1840 - 8184 Justice, Vérité, Miséricorde HEBDOMADAIRE CATHOLIQUE NUMÉRO 1848 du 30 janvier 2026 N° 1221/MISP / DC / SG / DGAI / SCC
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Justice, Vérité, Miséricorde Journal 1848 du 30 janvier 2026

La Croix du Bénin | Actualité

Publié le : 2026-01-30 12:15:00

PÈRE JACQUES JULLIA, SMA

90 ans de vie dont 60 ans de mission au Bénin

La Cathédrale Notre-Dame des Enfants de N’Dali a accueilli le samedi 17 janvier 2026 la célébration du double jubilé des 90 ans de vie, dont 60 ans de mission au Bénin du Père Jacques Jullia. Cette célébration a été présidée par Mgr Martin Adjou, évêque de N’Dali. Elle a connu la participation de Mgr Bernard de Clairvaux Toha, évêque de Djougou, de nombreux prêtres Sma ainsi que de tout le presbyterium de N’Dali, quelques prêtres de Parakou, de Kandi et un millier de fidèles.

Le Père Jacques Jullia, Sma, a consacré la majeure partie de son sacerdoce à la mission en Afrique et plus précisément au Nord du Bénin où il a activement oeuvré pour le bien-être des populations lacales

Le Père Jacques Jullia, Sma, a consacré la majeure partie de son sacerdoce à la mission en Afrique et plus précisément au Nord du Bénin où il a activement oeuvré pour le bien-être des populations lacales

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► Grand missionnaire dans le Nord du Bénin

Prêtre infatigable, le Père Jacques Jullia a consacré 60 ans pour la mission au Bénin. Il totalise 67 ans de sacerdoce, avec une riche expérience dans le Nord-Bénin. Portrait.

Environ 1.000 fidèles du diocèse de N'Dali sont venus rendre grâce avec le Père Jullia et pour lui témoigner leur gratitude

Environ 1.000 fidèles du diocèse de N'Dali sont venus rendre grâce avec le Père Jullia et pour lui témoigner leur gratitude

Père Yves AKOVOYÉKAN, CURÉ DE FÔ-BOURÉ

Le Père Jacques Jullia est né le 18 janvier 1936 à Annonay, dans le sud de Lyon (France), de Marius Jullia et de Marie Rousson. Ses parents sont issus de familles riches en prêtres. En effet, son Père, Marius Jullia a trois frères prêtres tandis que sa mère Marie Rousson a, de son côté, quatre cousins prêtres dont un, l’Abbé Poly, fusillé par des Chinois lors de sa mission, est mort martyr à Séoul en Corée en 1950. Il fut béatifié par le Pape Jean-Paul II. De leur union, Marius et Marie ont eu 8  enfants dont cinq garçons et trois filles. Jacques Jullia est l’aîné de ses frères ; deux ne sont plus.

Jacques a vécu sa tendre enfance auprès de ses oncles paternels prêtres, notamment auprès de l’Abbé Jean Jullia. Il tient sa motivation et sa vocation à devenir prêtre du témoignage de vie exemplaire de ses oncles auprès de qui il passa six années. Cependant, c’est au contact des Pères Blancs, missionnaires en Ouganda, que naquit sa vocation missionnaire pour l’Afrique. Il fit annonce de ce projet vocationnel à sa mère qui lui répondit sereinement : « On verra ». En attendant la concrétisation de ce projet, le jeune Jacques fit entre- temps son entrée au Séminaire. Son projet pour l'Afrique, quant à lui, tel de la braise enfouie sous la cendre, couvait et brûlait discrètement en lui. Il a fallu la première année de Théologie pour que s’éveille à nouveau le projet d’aller en Afrique comme missionnaire. Cette fois-ci, ce fut au contact d’un Père de la Société des missions africaines (Sma), venu de la Côte d’Ivoire partager son expérience missionnaire. Sans plus tergiverser et brûlant de cette flamme, le jeune Séminariste Jacques fit sa demande d’adhésion à la Sma.

 

Mission destinée en particulier au Bénin

Ordonné prêtre de Jésus-Christ le 29 juin 1959, le Père Jacques Jullia, contrairement à son vœu, ne pouvait pas rejoindre l’Afrique. Puisqu’on lui avait diagnostiqué une maladie rénale qui le rendait inapte pour la mission sur le Continent. Il ne survivrait pas, avait-on prédit. En raison de cet empêchement et en guise de consolation, le Père Jullia fut envoyé comme professeur au Petit Séminaire. à défaut de se rendre lui-même en Afrique, il formerait au moins les futurs missionnaires pour l’Afrique. L’un de ses petits Séminaristes fut Mgr Cartateguy, Archevêque émérite de Niamey. Sauf que le Père Jullia n’a jamais renoncé à son cher vœu de se rendre en Afrique pour la mission, nonobstant l’impossibilité que lui imposait sa situation sanitaire. Il s’en remit à l’intercession de la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus, patronne des missions, en même temps qu’il était sous traitement. Miraculeusement, l’obstacle médical fut levé, des médecins attestèrent sa guérison complète. Le Père Jacques Jullia pouvait enfin embarquer pour l’Afrique. 

Le 18 août 1966, le navire conduisant le Père Jacques, après douze jours de navigation maritime, accosta au port de Cotonou. Il commença aussitôt sa mission comme vicaire à la Cathédrale de Parakou. Il y passa trois années pastorales. Son évêque, Mgr Van Der Bronk, l’envoya ensuite à Bembèrèkè comme curé, de 1969 à 1971. En cette même année, parti de Bembèrèkè, il ouvre la mission de Fô-Bouré le 28 juillet 1971 avec quatorze sympathisants. La messe d’installation du curé fondateur a eu lieu le 15 août 1971. Les débuts de cette nouvelle mission furent très rudes et laborieux. 

 

Ouverture de la mission

de Fô-Bouré

La terre de Fô-Bouré, tout au début, était apparemment inaccessible à la Bonne Nouvelle du Christ et humainement difficile, au regard des indices sociologiques, géographiques et religieux. Sociologiquement, Fô-Bouré était un fief Bariba très ancré dans la tradition ancestrale et, à juste titre, fier de son histoire et de son passé. Les prouesses de Bio Guéra dans la période de la colonisation étaient encore vivaces dans les mémoires et témoignaient l’attachement de ce peuple à son histoire et à son patrimoine culturel. Et cela ne dit pas tout des nombreux défis qu’avaient encore à affronter les missionnaires dans cette région. Quand la Société des missions africaines (Sma) de Lyon avait décidé d’aller vers l’intérieur du Dahomey dans les années 1899-1901, Fô-Bouré n’était pas géographiquement sur leur trajectoire de prospection missionnaire, tant il est reculé et même enclavé. Il a fallu attendre 1971 pour qu’enfin, la mission de Fô-Bouré soit ouverte. 

à son arrivée, le Père Jacques surnommé « Orou Mako » par les Bariba (cf. encadré), constatera aux côtés des religions et cultes endogènes, la présence massive de l’Islam. Cependant, il y a déblayé le terrain pastoral avec amour, foi et espérance. Il y a fait un travail de pionnier jusqu’en 1986, fondant au total dix-sept communautés chrétiennes. En quittant cette mission, il ne pouvait se douter de tout ce qu’il a pu semer dans le silence et la patience, qualité propre aux cultivateurs des villages. Et pourtant, le temps lui a donné raison. La mission de Fô-Bouré est aujourd’hui, plus de cinquante ans après, très florissante. Elle a donné naissance à la paroisse de Sinendé et est composée d'un nombre élevé de grandes communautés. Des mouvements ou associations de femmes y ont émergé en grand nombre, contrairement aux débuts. Statistiquement, cette paroisse a enregistré plus de quatre mille baptisés et plus de cinq cents couples régulièrement mariés. Une cinquantaine de catéchistes formés à Gogounou anime quotidiennement les communautés en l’absence de prêtre. Deux fils de cette paroisse sont prêtres et quatre filles, religieuses.  Tout ceci est le fruit du travail bien fait et sans répit, dès les débuts de cette mission.

 

Un prêtre heureux

épuisé par tant d’années de labeur missionnaire, le Père Jacques Jullia requit une année sabbatique en 1987. Il a profité de ce temps pour s’offrir un recyclage biblique à Lyon. Déterminé à poursuivre jusqu’au bout son désir missionnaire, il revint au Bénin en 1988. Providentiellement, il se vit confier par Feu Mgr Nestor Assogba, la conduite du Centre de formation catéchétique de Gogounou. Il y resta jusqu’en 1997, où il reçut de la part de Feu Mgr Marcel Honorat Léon Agboton, alors évêque de Kandi, le mandat d’aller fonder la paroisse de Sonsoro. Il y exerça son ministère jusqu’en 2004 et à nouveau, regagna Paris pour une nouvelle année de recyclage. à son retour, Mgr Clet Fèliho eut besoin de ses compétences et de son expérience pour conduire le Centre de formation et d’accueil Thomas Mouléro de Kandi-Fô. Il était chargé de la formation permanente des prêtres et des laïcs. à ce cahier de charges, il lui fut ajouté le ministère de l’exorcisme à partir de 2011. De 2020 à 2023, il lui fut confié la création et la conduite pastorale de la paroisse de Sam (Kandi). Depuis 2023, le Père Jacques Jullia est revenu dans le diocèse de N’Dali où, sans répit, il poursuit la mission pastorale sur la paroisse de Nikki. 

Fidélité dans la vie

Au regard de ce grand parcours, nous bénissons le Seigneur pour sa fidélité dans la vie et la mission du patriarche, le Père Jacques Jullia qui a semé la joie et l’espérance partout où il est passé. Il affirme lui-même en cette heureuse occurrence jubilaire qu’il est un prêtre heureux et que ce bonheur est le fruit de la fidélité du Seigneur. Daigne le Seigneur exaucer sa prière qu’il formule lui-même comme suit : « S’il te plaît Seigneur, tu m’as comblé de jours, et il convenait de te dire merci ! Mon âge avancé et mes cheveux blancs me rappellent ces paroles du prophète Isaïe : "tout homme est comme la fleur des champs. Après avoir été très belle, elle finit par se faner et mourir". Seigneur, ne me retire pas le don de la joie. Pour tout le temps qu’il me reste à vivre, que je rayonne toujours l’amour, car tu es l’Amour en attendant le jour où je m’endormirai sur ton épaule pour entrer dans la vraie vie et te contempler face à face pour l’éternité, Amen ». Du reste, que le Seigneur le comble encore davantage de joie pour le reste de ses jours, et que vieillissant, il fructifie encore, gardant sa sève et sa verdeur (Ps 92, 15) pour la plus grande gloire de Dieu et pour l’édification du peuple de Dieu! Amen !

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Dieudonné Noël Souroukou, Ancien catéchiste

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Propos recueillis par Père Yves AKOVOYÉKAN

«Avec sa voiture, il transportait lui-même les malades en situation d’urgence »

 

S’il est vrai que  « les moutons se suivent mais n’ont pas les mêmes prix », il est d’autant plus vrai que tous les hommes ne sont pas humains. Dans nos traditions et cultures africaines, est humain l’homme vertueux, qui a un bon cœur et qui se distingue par ses bons actes. Le Père Jacques, lui, a un bon cœur ; tous ceux qui le connaissent en parlent, il est humain. Personnellement, j’estime qu’il est compatissant comme le Christ. J’ai eu la chance de le côtoyer et je puis le dire. 

Le Père Jacques volait au secours de tout le monde à Fô-Bouré, actuelle Commune de Sinendé. Il avait une voiture, le seul d’ailleurs à en avoir à l’époque dans le village. Avec sa voiture, il transportait lui-même les malades en situation d’urgence jusqu’à l’hôpital de zone à Bembèrèkè. Il estime lui-même à environ 985 les cas d’urgence qu’il a évacués ; environ 10 femmes ont accouché lors des évacuations. Il était disponible à l'écoute et subvenait aux besoins financiers de ceux qui l’approchaient, sans distinction de religion. Tout comme Jésus, il soignait les malades, venait au secours des pauvres et annonçait la Bonne Nouvelle du salut à tous. 

 

 

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Nestor Sanni, Sage de la paroisse de Fô-Bouré

Nestor Sanni, Sage de la paroisse de Fô-Bouré

Propos recueillis par Père Yves AKOVOYÉKAN

« Père Jacques Jullia, un connaisseur de la culture Baatonu »

 

Le Père Jacques Jullia, affectueusement appelé « Toko » qui se traduit par le «  vieux », a étonnamment une maîtrise exquise de la culture et de la tradition Baatonu (peuple du Borgou). Il ne se contente pas de parler couramment la langue Baatonu, mais il excelle dans l’usage des proverbes, signe qu’il est vraiment ancré dans cette culture. Une autre chose qu’il maîtrise et qui pourrait paraître déroutante pour le prêtre qu’il est, c’est la pratique traditionnelle des soins par les plantes. Il n’y est pas arrivé par hasard. Il raconte qu’il était lui-même souvent dérangé par d’atroces maux de ventre. En bon Européen, il a recouru d’emblée à la pharmacie et même aux centres de santé, mais malheureusement, il n’a pas eu satisfaction. C’est alors qu’un vieux du village lui a indiqué une recette à partir de plantes qu’il est allé chercher lui-même, et adieu aux maux de ventre. 

Depuis ce jour, il s’est lui-même intéressé et investi dans cette médecine traditionnelle qu’il se plait à prescrire à ses fidèles. Mieux, alors que j’étais traducteur dans notre communauté paroissiale et proche des prêtres, le Père Jacques Jullia m’a demandé un jour, en début de célébration eucharistique, d’aller chercher des feuilles en vue de l’aspersion. Je courus et ramenai quelques feuilles de nems. Le Père me fixa, ahuri, et me dit : « Jeune homme, ne sais-tu pas que chez nous les Bariba, quand nous avons de telles cérémonies, c’est la feuille de karité ou de néré qu’il faille chercher ? ... ». Je n’en revenais pas que ce soit un Blanc qui me donne des leçons de ma propre culture.

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