La Croix du Bénin | Actualité
Publié le : 2025-12-22 13:44:04FETES DE FIN D’ANNEE
Comment célébrer sans laisser de plumes ?
Habituellement, la période des fêtes de fin d’année arrive avec son lot de réjouissances, de retrouvailles familiales et de moments de partage. Mais pour beaucoup de familles béninoises, la joie de Noël et du Nouvel An est souvent suivie d’un mois de janvier difficile, marqué par des dettes, des tensions financières et parfois même des regrets. Comment vivre pleinement les fêtes sans hypothéquer les semaines qui suivent ?
Modérer les dépenses face à diverses sortes de marchandises qui s'offrent en cette période pour mieux gérer l'après-fête
Innocent ADOVI
« On ne veut pas que la maison paraisse vide », confie une mère de famille à Cotonou. « Même si on n’a pas beaucoup, il faut montrer que la fête est là », renchérit une autre. Au Bénin, les fêtes de fin d’année ne se résument pas à une simple célébration. Elles sont aussi un moment où se joue une forme de reconnaissance sociale. Nouveaux vêtements, repas copieux, boissons, cadeaux pour les enfants, visites et soutiens aux parents et amis : la liste des dépenses est longue. Cette pression, souvent silencieuse, pousse de nombreuses familles à dépenser au-delà de leurs moyens. Les compétitions tacites entre voisins et parfois même au sein des communautés paroissiales, alimentent cette course aux dépenses. Sur les réseaux sociaux, des scènes d’extravagance donnent quelquefois aussi l’impression que la fête réussie est forcément coûteuse. Les conséquences apparaissent dès les premières semaines du mois de janvier. C'est ce que certains appellent "la janviose". Retards dans le règlement du loyer, difficultés à payer les frais de scolarité, dettes contractées à la hâte auprès de proches ou de prêteurs informels qui ne sont en fait que de véritables usuriers d'occasion : le mois de janvier devient pour beaucoup un mois de survie douloureuse.
Face à ces réalités, certaines familles et groupes sociaux ont développé des mécanismes d’anticipation comme les Adogbè (tontines) et autres mécanismes d’épargne. Ces systèmes de mise en commun permettent d’épargner progressivement tout au long de l’année en vue des périodes de fortes dépenses, notamment les fêtes de fin d’année. Dans certains quartiers, des groupes se constituent dès le premier trimestre de l’année. Chaque membre verse une somme fixe chaque semaine ou chaque mois. À l’approche de décembre, l’épargne accumulée est redistribuée, permettant de préparer les fêtes sans recourir à l’endettement. Ces pratiques ont un double avantage. Elles encouragent la discipline financière et réduisent la tentation des dépenses impulsives. Elles renforcent aussi la solidarité, car le groupe veille au respect des engagements et soutient ceux qui traversent des moments difficiles. Toutefois, outre les risques d’arnaque, certains observateurs soulignent que même ces mécanismes doivent rester adaptés aux revenus réels des participants. Une tontine trop élevée peut elle-même devenir une source de pression. En tout cas, pour bien fêter, il est important de s’y prendre tôt. Comme l’a si bien chanté l’artiste béninois, de lumineuse mémoire, Gnonnas Pedro dans son morceau Orêdigbin : « Tu n’as pas épargné et tu veux fêter ? »
Revenir à l’essentiel pour des fêtes durables
Au-delà des mécanismes financiers, de nombreux acteurs sociaux et pastoraux appellent à une relecture du sens des fêtes. Noël, rappellent-ils, n’est pas une compétition de dépenses, mais une célébration de la naissance du Christ, marquée par la simplicité, le partage et la joie intérieure. Le Nouvel An, quant à lui, est un passage, un temps de bilan et de projection, non une démonstration de richesse. Concrètement, plusieurs pistes émergent des enquêtes de terrain. La première est l’établissement d’un budget clair et réaliste pour les fêtes, en définissant à l’avance ce qui est prioritaire et ce qui est accessoire. La seconde piste est le courage de dire non. Non à certaines invitations coûteuses, non à des dépenses dictées uniquement par le regard des autres. « Apprendre à poser ses limites est aussi une forme de sagesse », souligne un travailleur social rencontré à Porto-Novo. Enfin, de plus en plus de familles choisissent d’impliquer les enfants dans cette démarche. Expliquer que la fête ne se mesure pas au nombre de cadeaux distribués, mais plutôt à la qualité des moments partagés ensemble, permet de transmettre des valeurs de sobriété et de responsabilité.
Passer les fêtes de fin d’année sans laisser de plumes n’est donc ni un renoncement, ni un signe d’échec. C’est un choix lucide, empreint de créativité, enraciné dans la réalité économique des familles et fidèle à l’esprit même des célébrations. Car une fête vraiment réussie est aussi celle qui permet d’aborder le mois de janvier et le nouvel an avec sérénité et espérance.
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