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► Une figure en voie de sainteté

Par (Propos recueillis par Florent HOUESSINON)12 juin 20267 vuesJournal N° 1867
►  Une figure en voie de sainteté

Mgr Cyrille

« Le Seigneur avait suscité une âme très grande en voie de sainteté en notre sein »

Le motif principal de l’organisation de ce centenaire réside dans la mémoire de toute une génération qui se souvient d’un pasteur considéré comme un véritable don de Dieu à son peuple à Abomey. C’est une mémoire restée fidèle et qui est appuyée sur un fondement biblique : « Souvenez-vous de vos anciens, de ceux qui vous ont dirigés, et qui vous ont annoncé la Parole. Rappelez-vous la vie qu’ils ont mené parmi vous et essayez de les imiter » (Hébreux 13,7). Je pense qu’à la lumière de cette Parole biblique, nous sommes encore davantage plus éclairés et plus fondés pour organiser le centenaire de la naissance de Mgr Lucien Monsi Agboka, né le 3 juin 1926.

Nous avons ouvert  les activités de ce centenaire le 2 août 2025, et nous avons cheminé dans cette mémoire jusqu’à aujourd’hui. Le 3 juin dernier, c’était le jour d’incidence du centenaire. Nous avons cherché à rassembler davantage en prenant un jour de la semaine où la plupart ne sont pas astreints à des obligations professionnelles. Pour vivre de façon plus marquée cet anniversaire, nous avons suscité beaucoup d’initiatives. D’abord, au niveau de la cathédrale d’Abomey, une salle paroissiale a été rénovée et transformée. Elle a été baptisée Salle Mgr Lucien Monsi Agboka. C’est la deuxième œuvre qui porte son patronage, après la première de 2009 qui est l’ancienne procure de Bohicon rebaptisée Centre Mgr Lucien Monsi Agboka (Cemola).  Dans ce Centre, nous projetons transformer une salle de formation en musée. Actuellement, le Père Yves Kpoguè, chargé de la Commission pour le patrimoine africain et les musées, est à pied d’œuvre avec ses collaborateurs pour nous faire découvrir avec dignité, tout ce qui touche à la personne de Mgr Lucien Monsi Agboka : ses ouvrages, ses vêtements et ses insignes épiscopaux. à cela s’ajoute le mini-colloque qui a donné toute sa mesure au-delà de nos attentes, avec une large participation et des intervenants de qualité.

Mgr Agboka a été une figure remarquable du fait d’être élevé à la dignité épiscopale très jeune. Il a été à la hauteur de sa mission. Il a aussi reçu la grâce de la longévité épiscopale à ce poste. Il a donné le goût de Dieu à ses frères et sœurs. Il fait le lien entre la foi et le développement durable. Il a également fait profiter de ses expériences pastorales à ses frères dans l’épiscopat, notamment Mgr Isidore de Souza et Mgr Vincent Mensah. Le plus grand bien qu’on peut rendre à un être humain, c’est l’éducation. Et des évêques du Bénin envoyaient des laïcs et des religieuses se former à l’école de Mgr Agboka. à travers lui, le Seigneur avait suscité une âme très grande en voie de sainteté en notre sein. L’attachement à sa mémoire par un grand nombre est le chemin qui va nous y amener. On en parle déjà. L’idée de proposer Mgr Agboka à la cause de canonisation est suffisamment ancrée dans les esprits. Il reste à formaliser cela. Laissons l’Esprit Saint nous aider à poursuivre le chemin dans ce sens. (Mgr Eugène Cyrille Houndékon, Évêque d’Abomey)

 

« Mgr Agboka aimait simplement son prochain »

Je suis sage-femme. à la fin de ma formation à Dakar au Sénégal, il y avait deux postes vacants : un à Cotonou et l’autre à Abomey. J’ai alors choisi d’occuper le poste d’Abomey en 1958. J’étais au service de l’Administration coloniale, très exigeante mais qui m’avait donné la possibilité d’aller à la retraite quand je le souhaitais. En tant que fidèle catholique, je dépendais de la cathédrale Saint Pierre et Saint Paul d’Abomey. J’étais une amie de Sœur Julienne qui aidait, avec Mgr Lucien Monsi Agboka, au Foyer Sainte Monique. C’est grâce à elle que j’ai rencontré le prélat qui venait célébrer des messes à la cathédrale, non loin du marché Houndjroto. Il avait récupéré des enfants déshérités, des filles-mères et des femmes sans mari dont il s’occupait.

à la fin de l’une de ses messes à la cathédrale d’Abomey, Mgr Agboka m’informa qu’il avait besoin de moi. Qu’il a des enfants qui ont besoin que je leur donne l’éducation que j’ai reçue. Je lui ai demandé de prendre patience. Quelques années plus tard, plus précisément en 1980, j’ai pris ma retraite professionnelle pour me mettre entièrement à son service. Je me suis donnée corps et âme et de façon bénévole. Dans ma conscience, je ne peux pas travailler pour l’église et demander une rémunération. Pour accompagner Mgr Agboka, je recevais des enfants chez moi que j’accompagnais jusqu’à la maturité. Je les élevais, les mettais à l’école ou en apprentissage. Et dès qu’ils ont leur diplôme, ils acquéraient leur autonomie. On tenait des réunions jusque tard dans la nuit sur des sujets sensibles liés à la pastorale. Mgr Agboka aimait simplement son prochain et faisait confiance aux laïcs de son diocèse. (Henriette Bomard, Ancienne Collaboratrice de Mgr Lucien Monsi Agboka)

« Pour lui, nous devrions être autonomes »

C’ est une religieuse qui a demandé à mes parents de m’amener chez la Sœur Julienne. Elle était l’une des responsables du Foyer d’accueil Sainte Monique. L’objectif, c’était que j’apprenne un métier et que j’échappe au mariage précoce, sort des jeunes filles de ma génération. Je suis restée avec la religieuse et d’autres jeunes filles au Centre féminin de Bohicon.

Mgr Agboka nous avait éduquées comme un père. Il nous associait à ses projets. Nous allions avec lui au champ pour cultiver le manioc et fabriquer du gari. Mais à côté des travaux champêtres, il s’occupait de notre formation humaine à travers l’apprentissage. Pour lui, nous devrions être autonomes sur le plan financier. à travers l’organisation de ce centenaire de sa naissance, Mgr  Eugène Houndékon montre qu’il lui emboîte le pas. Il a relancé le Centre féminin Sainte Monique qui continue de fonctionner. Les filles comme les garçons sont reçus pour une formation professionnelle et humaine intégrale. (Yolande Badou, Ancienne fille du Foyer Sainte Monique)

« Mgr tenait aussi la daba »

Je suis maçon de formation. C’est depuis mon cours primaire que j’ai fait la rencontre de Mgr Lucien Monsi Agboka. C’était la période où il a été nommé et venait de prendre siège à Abomey, en 1963. J’étais parmi les écoliers du cours catholique qui l’ont accueilli à son arrivée. C’est lui qui nous a conféré le sacrement de confirmation le 10 octobre 1963. Nous étions la première promotion de son épiscopat à recevoir cette grâce de ses mains. Comme ma maison était très loin de l’école catholique, je passais toute la journée sur place pour rentrer le soir. De sa résidence, ‘’à l’ombre du sanctuaire’’, Mgr Agboka nous repérait, mes camardes et moi. Un jour, il est passé nous dire d’aller le voir à sa résidence les après-midis. Et il nous gavait de cadeaux qu’il ramenait de ses voyages, surtout en Italie. 

à l’approche de l’obtention de mon diplôme en maçonnerie, j’ai été le voir pour l’informer de la cérémonie. Puisque mes parents étaient âgés, ils n’avaient pas les moyens financiers pour m’aider. Mgr Agboka a pris sur lui toutes les dépenses. Il m’a également inséré dans la profession. Plus tard, il m’a impliqué dans la gestion du Foyer Sainte Monique et m’a confié la gestion de près de 18 Centres d’œuvres caritatives du diocèse. Nous allions régulièrement dans son champ à Agbon pour cultiver la terre. Lui-même tenait la daba et le coupe-coupe. Il m’a confié plusieurs postes stratégiques dans la structuration de la chorale Hanyé. Même après sa mort, je continue de collaborer dans les structures qu’il a créées. (Paul Aglidjago, Ancien collaborateur de Mgr Lucien Monsi Agboka)

« C’était mon "papa" ! »

J ’ai appris auprès de Mgr Agboka ce que je suis devenu aujourd’hui sur le plan familial, et mon engagement dans l’église-Famille de Dieu au Bénin.  Je n’avais pas une idée claire de ce qu’est un baptisé, un confirmé. C’est auprès de lui  que j’ai pratiquement tout appris puisqu’en 1996, au niveau de la cathédrale Saint Pierre et Saint Paul d’Abomey, j’ai été élu président du comité paroissial qui était chargé de préparer la prise de service du nouveau curé. Ce qu’on a fait. Depuis lors, j’ai compris que laïc et clerc devraient se donner la main pour travailler à la gloire de Dieu.

En constatant mon intérêt pour la sauvegarde des valeurs familiales et mon militantisme au sein de l’Association catholique pour les familles, Mgr Agboka a élaboré un dossier et demandé au Gouvernement de bien vouloir me dégager de mes fonctions et me permettre de faire des études sur le mariage et la famille. C’est ainsi que je me suis retrouvé à l’Institut pontifical Jean-Paul II où j’ai fait un Master en Sciences du mariage et de la famille. Ce qui fait que je suis tout donné à l’église. Pendant que j’étais étudiant, il faisait le marché et l’apportait à mon épouse. C’était mon "papa" ! Et celui de toute ma famille. (Alain Hounyo, Président du Conseil national pour le laïcat, la famille et la vie)

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