C’est la conversion que Dieu veut

Père Antoine TIDJANI
Un chantre béninois autour des années 80, chantant l’espérance, disait en langue mahi que tant que l’homme n’est pas mort et qu’il est vivant, rien n’est fini. C’est encore possible d’espérer des jours meilleurs pour l’avenir. Les textes du jour font justement état de la large marge laissée par Dieu pour la conversion du méchant. Ézéchiel nous renseigne sur la conduite de Dieu par rapport aux deux types de personnes qui se côtoient dans l’horizon de la vie spirituelle. Il y en a sur qui tout le monde compte. Ce sont des gens irréprochables ; mais du jour au lendemain, ils se corrompent. Peut-être qu’ils n’ont jamais eu de vraies assises spirituelles. Mais aucune occasion ne s’est jamais présentée pour révéler le déficit spirituel qu’ils portaient, et ils se sont toujours contentés d’une vie reluisante qui se payait de bonnes apparences. Et tant que rien n’a tiré au grand jour les dessous de cette vie apparemment pure, ils sont heureux de s’entendre saluer du nom de saint. La justice de l’homme, qu’elle soit réelle ou apparente, ou bien sa méchanceté, est ici interpellée à la lumière de la prophétie d’Ézéchiel. Dieu ne regarde pas en arrière pour faire le compte du bien ou du mal fait dans le passé. Il veut l’homme aujourd’hui tourné vers sa grâce et prêt à demeurer dans cette grâce jusqu’à la fin de sa vie. Celui qui était juste et entre-temps se corrompt et fait désormais de la méchanceté une option de vie, en mourant dans cet état, il perd la récompense de tout le bien qu’il a fait dans le passé. Par contre, le méchant qui prend conscience et revient sur ses pas en se convertissant, sera sauvé puisqu’il a renoncé au mal. Rien de mauvais n’a droit de cité auprès de Dieu. Au dernier jour, il nous faut être en habit de noces, celui dans lequel nous serons, quand sonnera notre dernière heure. Le souhait, c’est de ne pas se retrouver nu parce que dépouillé de la vie de justice à laquelle nous aurons renoncé entre-temps. Mais il n’est pas anodin de faire remarquer que dans ce chapitre 18, ézéchiel parle beaucoup de vie et de mort. Nous sommes à Babylone, en contexte d’exil. Nous comprenons que le prophète vise autre chose que la vie et la mort physiques. L’exil est vécu comme une situation de mort par les déportés ; le prophète en témoigne par l’écho de leur voix : « Nos révoltes et nos péchés sont sur nous, nous pourrissons à cause d'eux, comment pourrons-nous vivre ? » (éz 33, 11). Loin de leur terre, leurs yeux étaient privés de tout ce qui faisait leur vie. Ils ne peuvent plus pratiquer leur foi; en cela, l’exil était une situation de non-vie, c’est en quelque sorte une mort. ézéchiel qui faisait aussi partie des déportés, ne leur ouvre pas l’horizon dans le sens de l’imminence d’un retour au pays. Mais il leur fait comprendre que même en terre d’exil, ils peuvent chercher à vivre dans l’intimité avec le Seigneur. La vraie vie, c’est la vie dans l’intimité avec le Seigneur malgré la situation d’impasse dans laquelle on se trouve. Mais pour y arriver, il faut nécessairement la conversion.
Se convertir
En Hébreu, cela se traduit par : « faire demi-tour ». En contexte de la Nouvelle Alliance, se convertir, c’est retourner du chemin qui nous éloigne de notre milieu naturel qu’est le Christ. Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous situe « dans le Christ ». Les baptisés sont ainsi interpellés dans leur être en rapport avec le Christ. En ce monde où c’est l’avoir qui est l’unité de mesure de l’appréciation ou de la considération dont jouit un homme, notre démarche de conversion consiste à comprendre que c’est l’être qui est important pour tous ceux qui sont dans le Christ, et non l’avoir. Le fait d’être en Christ, c’est l’essentiel. Paul le dit dans l’épître aux Galates : «Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3, 27). Le baptisé est membre du Corps du Christ. La conversion doit se situer au niveau du regard non seulement entre baptisés mais aussi entre les baptisés et les païens. Dans la communauté chrétienne, il ne doit pas y avoir d’autres considérations que celles qui rappellent que chacun appartient au Christ et que pour cela, il a une mission particulière reçue de l’Esprit. Dans ce grand Corps du Christ où chacun représente une petite pierre vivante, personne n’a le droit de se vanter de sa place et de minimiser l’autre. Le Royaume de Dieu commence par se bâtir quand on cesse de ne regarder que soi, et que l’on commence par apprécier tout ce que l’autre fait dans le champ de Dieu. La parabole adressée aux chefs des prêtres et aux anciens fustige bien ceux-ci. Eux qui ont en main les clés du Royaume et qui regardent de haut les publicains et les prostituées, n’iront pas au ciel s’ils ne se convertissent pas. Mais ces derniers iront dans le Royaume des cieux avant eux quand ils vont se convertir. Ici se manifeste la justice de Dieu qui se moque des privilèges sociaux ou des disparités sociales. Le critère du salut réservé à tous, c’est la conversion.
Dans ma vie
M’arrive-t-il de prier pour ma conversion et celle des plus grands méchants que je connais ?
À méditer
Le critère du salut réservé à tous, c’est la conversion.
(éz 18, 25-28 ; Ph 2, 1-11 ; Mt 21, 28-32)






